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Visiter Périgueux, la petite Rome de Dordogne

Visiter Périgueux, la petite Rome de Dordogne

Visiter Périgueux, la petite Rome de Dordogne

Chef-lieu de la Dordogne, Périgueux on a sous le coude. Témoin de plusieurs époques avec ses vestiges gallo-romains, ses trésors du Moyen-Âge et de la Renaissance, elle préserve un patrimoine architectural exceptionnel. C’est donc un point de départ idéal pour comprendre comment une ville se construit et se transforme. Car ici, les époques dialoguent entre elles et nous chuchotent encore bien des secrets. On vous emmène visiter Périgueux, celle que l’on surnomme « la petite Rome ».

Histoire de Périgueux

D’abord, sachez que Périgueux est la ville la plus peuplée de Dordogne. Mais aussi, l’une des plus anciennes.

Son histoire est particulière. Au fil des siècles, la ville s’est déplacée, transformée et reconstruite. Les époques se succèdent tout en cohabitant en parfaite harmonie. Pour comprendre Périgueux, il faut donc remonter le temps.

Périgueux à l’époque gallo-romaine

Avant l’arrivée des Romains, le territoire était occupé par les Pétrocores, un peuple celte connu pour avoir participé au siège d’Alésia aux côtés de Vercingétorix en 52 avant J.-C. Plus tard, lorsque l’empereur Auguste réorganise l’Aquitaine, il crée une nouvelle cité qui devient la capitale des Pétrocores : Vésone, ou Vesunna en latin. Installée dans une boucle de l’Isle, cette ville nouvelle s’étend alors sur plusieurs dizaines d’hectares et devient rapidement l’une des cités gallo-romaines les plus importantes d’Aquitaine.

Pour les Romains, l’urbanisme est un véritable outil politique. L’objectif est de diffuser le mode de vie romain auprès des populations locales. Vésone est donc pensée comme une petite Rome, avec tout ce qui fait le prestige d’une grande cité : un forum, un amphithéâtre, des temples, des quartiers résidentiels et de riches demeures décorées de mosaïques et de peintures murales.

L’amphithéâtre est l’un des monuments les plus impressionnants de la ville. Achevé entre les années 50 et 70 après J.-C., il pouvait accueillir jusqu’à 20 000 spectateurs. Quant à la célèbre Tour de Vésone, elle constituait autrefois le centre d’un immense temple dédié à une divinité protectrice locale.

Tour de Vésone
Tour de Vésone

Mais à partir du IIIe siècle, l’Empire romain traverse une période de crise. Comme de nombreuses villes de Gaule, Vésone se replie derrière une enceinte fortifiée. Pour construire ces remparts, les habitants démontent progressivement les grands monuments antiques et réutilisent leurs pierres. C’est le début d’une nouvelle organisation urbaine qui donnera naissance à la ville médiévale.

Pourquoi reste-il si peu de vestige ?

Malgré son importance passée, il est aujourd’hui difficile d’imaginer l’ampleur de la cité gallo-romaine car il nous que très peu de vestige de cette époque. Pourquoi ? La raison est simple. La ville s’est déplacée au fil des siècles et a réemployé une grande partie des matériaux de ses monuments antiques. Les temples, mausolées et autres bâtiments publics ont ainsi été démontés pour construire les fortifications médiévales. De cette prestigieuse cité romaine, il ne subsiste aujourd’hui qu’un grand monument encore debout : la Tour de Vésone.

L’histoire aurait toutefois pu s’arrêter là. Mais en 1959, lors d’un projet de construction d’HLM à proximité de la tour, les archéologues mettent au jour une découverte exceptionnelle : l’une des plus vastes domus (grande maison gallo romaine) connues en France. Cette immense demeure aristocratique impressionne autant par ses dimensions que par la qualité de son décor, notamment ses remarquables peintures murales.

Pour découvrir cette facette méconnue de l’histoire de Périgueux, il faut aujourd’hui pousser les portes du musée Vesunna, construit directement autour de ces vestiges.

La cité médiévale et la naissance du Puy Saint-Front

La cathédrale Saint-Front
La cathédrale Saint-Front

À la fin de l’Antiquité, la population se concentre derrière les remparts de l’ancienne cité. Mais quelques siècles plus tard, un nouveau centre urbain apparaît sur les hauteurs. Autour du tombeau de Saint Front, évangélisateur du Périgord, se développe progressivement un bourg de marchands, d’artisans et de pèlerins : le Puy Saint-Front. Grâce au passage des voyageurs en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, ce quartier prospère rapidement.

Les habitants, réputés indépendants, refusent longtemps l’autorité du comte du Périgord. Après avoir prêté fidélité au roi Philippe Auguste en 1204, la cité se protège derrière une impressionnante enceinte longue de 1 500 mètres, renforcée par 28 tours et percée de 12 portes.

Aujourd’hui, une seule de ces tours a traversé les siècles : la tour Mataguerre, dernier témoin de ce que certains surnomment encore le « petit Carcassonne du Périgord ». Haute d’environ quinze mètres, elle est construite au Moyen Âge pour défendre l’accès à la ville. Lorsque la ville se modernise au XIXe siècle, la Tour Mataguerre échappe de justesse à la destruction grâce à son classement parmi les monuments historiques.

C’est également à cette époque qu’est édifiée la cathédrale Saint-Front. Construite au XIIe siècle, elle est devenue l’emblème de Périgueux et l’un des monuments les plus reconnaissables de Dordogne.

Au cœur du quartier historique se dressent également les ruines du Château Barrière. Cette ancienne maison-forte, construite au Moyen Âge par une famille de seigneurs locaux, est le seul exemple conservé de ce type d’édifice dans la ville. Édifié sur les vestiges du rempart gallo-romain, le château est remanié à la Renaissance. Incendié par les protestants au XVIᵉ siècle, il ne retrouvera jamais sa splendeur d’origine. Classé monument historique depuis 1862, son imposant donjon continue de dominer l’ancien quartier de la Cité.

Château Barrière
Château Barrière

Le saviez-vous ? Périgueux et Strasbourg sont des « villes sœurs »

Périgueux entretient effectivement une relation très particulière avec Strasbourg. Bien plus qu’un simple jumelage, les deux villes sont officiellement liées par un protocole de « villes sœurs » signé en 1984.

Pour comprendre cette histoire, il faut remonter au début de la Seconde Guerre mondiale. En septembre 1939, après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, les autorités françaises ordonnent l’évacuation des populations vivant près de la frontière allemande. Strasbourg est alors presque entièrement vidée de ses habitants. La Dordogne devient l’un des principaux territoires d’accueil. À elle seule, elle reçoit près de 80 000 Alsaciens, dont de nombreux Strasbourgeois. À Périgueux, les réfugiés reconstruisent peu à peu leur quotidien : commerces, restaurants et associations voient le jour. Après l’armistice de 1940, une grande partie d’entre eux regagne l’Alsace, mais certains choisissent de rester en Périgord.

Cette période a laissé une empreinte durable dans les deux villes. Les liens tissés entre habitants ont traversé les décennies, jusqu’à donner naissance à cette relation unique de « villes sœurs ».

L’une des figures les plus emblématiques de cette histoire est Charles Mangold. Originaire d’Alsace et évacué à Périgueux en 1939, il s’engage rapidement dans la Résistance sous le pseudonyme de « Vernois ». Devenu l’un des responsables de l’Armée secrète en Dordogne, il est arrêté, torturé puis fusillé par les Allemands le 12 août 1944, quelques jours seulement avant la libération de Périgueux. Aujourd’hui encore, son nom est honoré à la fois en Dordogne et en Alsace, symbole des liens profonds qui unissent les deux territoires.

Notre guide pour visiter et découvrir l’histoire de la Dordogne

Visiter Périgueux : quoi voir, quoi faire ?

Labellisée Ville d’Art et d’Histoire, Périgueux possède un patrimoine exceptionnel. La ville compte pas moins de 33 monuments protégés dans un périmètre relativement restreint.

Comme on vous le disait plus haut, ici les époques se superposent. Une rue médiévale peut déboucher sur un hôtel particulier Renaissance, tandis qu’à quelques centaines de mètres se cachent les vestiges de l’ancienne cité gallo-romaine.

Admirer la cathédrale Saint-Front, l’emblème de Périgueux

Impossible de visiter Périgueux sans lever les yeux vers la cathédrale Saint-Front. Perchée sur sa colline, elle domine la ville et constitue son symbole le plus reconnaissable.

L’histoire du monument débute au Moyen Âge lorsqu’une vaste abbaye est construite à l’emplacement d’une première église. Après un incendie au XIIe siècle, l’édifice est entièrement reconstruit selon un plan particulièrement original. Inspirés par les récits et les influences rapportés des croisades, les bâtisseurs adoptent une architecture rare en Europe occidentale, mêlant art roman et influences byzantines.

Vue du ciel, la cathédrale dessine une croix grecque parfaitement symétrique. Ses cinq coupoles attirent particulièrement le regard car elle lui donnent cette silhouette unique.

Au XIXe siècle, alors que l’édifice se trouve en très mauvais état, l’architecte Paul Abadie est chargé de sa restauration. Fasciné par le monument, il lui redonne son apparence monumentale actuelle en s’inspirant des vestiges des coupoles romanes. Cette expérience influencera profondément son œuvre puisqu’il reprendra plus tard plusieurs de ces idées pour la construction de la célèbre basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. L’intérieur mérite également le détour, tout comme le clocher qui abrite un impressionnant carillon encore joué régulièrement aujourd’hui.

Visiter Périgueux : la cathédrale Saint-Front
Visiter Périgueux : la cathédrale Saint-Front
Monter sur les toits de la cathédrale

Si vous en avez l’occasion, ne manquez surtout pas la visite guidée des toits de Saint-Front. Cette expérience permet d’approcher les coupoles au plus près et d’admirer leur étonnante couverture en pierre écailleuse. Depuis les hauteurs, la vue embrasse l’ensemble de la ville.

Perdez-vous dans les ruelles du centre historique

Le meilleur moyen de découvrir Périgueux reste encore de marcher sans véritable itinéraire. Autour de la cathédrale, le quartier du Puy Saint-Front a conservé une grande partie de son tissu urbain médiéval et Renaissance. Les ruelles sont étroites, les maisons hautes et les façades racontent plusieurs siècles d’histoire.

La plus emblématique est sans doute la rue Limogeanne. Empruntée autrefois par les pèlerins arrivant de Limoges sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, elle figure parmi les plus anciennes artères de la ville.

En flânant dans le quartier, prenez le temps d’observer les noms des rues. La rue des Farges rappelle l’activité des forgerons, la rue Éguillerie celle des fabricants d’aiguilles et la rue Aubergerie évoque les anciennes auberges accueillant voyageurs et pèlerins.

Au détour des ruelles apparaissent également de nombreux hôtels particuliers. Périgueux en compterait près d’une centaine, héritage de riches familles marchandes qui affichaient leur réussite à travers l’architecture.

Parmi les plus remarquables : l’Hôtel de Lestrade et son spectaculaire escalier Renaissance et l’Hôtel de La Joubertie, symbole de la prospérité des marchands périgourdins.

Ne manquez pas le couvent des Dames de la Foie, anciennement la Maison des Dames de la Foi, l’une des plus vieilles demeures de la ville qui permet de remonter les âges dans l’architecture et dans l’histoire. Elle devient un couvent car les femmes qui y vivent sont chargées de convertir les jeunes protestantes au catholicisme. 

Visiter Périgueux : le quartier médiéval
Visiter Périgueux : le quartier médiéval

Visiter Périgueux : la Tour Mataguerre, dernier vestige des remparts

Parmi les symboles du Périgueux médiéval, la Tour Mataguerre occupe une place à part. Haute de quinze mètres, elle est aujourd’hui le seul témoin des 28 tours qui protégeaient autrefois la cité du Puy Saint-Front. Lorsque les remparts sont démantelés au XIXe siècle pour permettre l’expansion de la ville, elle échappe de justesse à la destruction grâce à son classement parmi les monuments historiques.

Autour de la tour s’étend l’un des quartiers les plus agréables de Périgueux. Ici, les artisans, ateliers et petites boutiques occupent encore les anciennes ruelles médiévales.

Remontez le temps au musée Vesunna

Pour comprendre les origines de Périgueux, direction le musée Vesunna. Après plusieurs décennies de recherches, l’architecte Jean Nouvel est chargé de concevoir un musée capable de protéger le site tout en le mettant en valeur. Et le résultat est remarquable. Sous une vaste structure contemporaine baignée de lumière, les visiteurs déambulent directement au-dessus des vestiges de cette luxueuse demeure occupée entre le Ier et le IIIe siècle.

Salles de réception, bains privés, peintures murales, mosaïques et objets du quotidien témoignent du niveau de confort dont bénéficiaient les élites de Vésone, il y a près de 2 000 ans. Certaines découvertes sont particulièrement touchantes. On peut notamment observer des graffitis gravés sur les murs par des enfants de l’époque, parmi lesquels les premières lettres de l’alphabet et des dessins d’animaux.

Musée Vesunna 
©Creative Commons, auteur Jack ma
Visiter Périgueux : le musée Vesunna
©Creative Commons, auteur Jack ma

Que voir d’autre à Périgueux ?

Si vous disposez d’un peu plus de temps, plusieurs lieux méritent également le détour :

Vous l’aurez compris, visiter Périgueux, c’est remonter plus de 2 000 ans d’histoire. Une étape incontournable en Dordogne, avant de partir, pourquoi pas, à la découverte des plus beaux villages de Dordogne.

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