Guerre de Cent Ans : histoire d'un conflit légendaire

La guerre de Cent Ans : l’histoire d’un conflit légendaire

Un siècle de rivalités, de batailles, de trêves et de reconquêtes : la guerre de Cent Ans a profondément bouleversé le royaume de France. Pour comprendre une partie de l’histoire du Sud-Ouest, celle de ses châteaux, de ses bastides, il faut d’abord remonter à ce long conflit.

Une guerre de succession, de territoires et de pouvoir

Malgré son nom, la guerre de Cent Ans a duré en réalité 116 ans et elle sera régulièrement entrecoupée de longues périodes de paix.

Ce n’est pas une guerre simple entre “la France” et “l’Angleterre” au sens moderne. À cette époque, les royaumes sont liés par des alliances, des héritages, des terres et des serments de fidélité parfois très compliqués. Tout commence par une dispute de famille pour savoir qui doit monter sur le trône de France. Il faut alors remonter en 1314, année ou Philippe le Bel, père de 4 enfants dont 3 garçons, décède. Son fils ainé, Louis X dit « le Hutin », lui succède donc. Mais en 1316, il meurt à son tour, sans laisser de fils. C’est la fin d’une très longue lignée où, depuis 350 ans, la couronne passait toujours de père en fils. Ses 2 frères lui succèdent et finissent également par mourrir, sans laisser de descendance masculine. La lignée directe des Capétiens s’éteint alors.

Deux grands prétendants se retrouvent face à face.

D’un côté, Philippe VI de Valois, cousin germain des enfants de Philippe le Bel. De l’autre, Édouard III, roi d’Angleterre et petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, unique fille de la fratrie. La revendication d’Edouard III a donc une vraie logique familiale et est juridiquement viable, mais elle est politiquement impossible à accepter pour les grands du royaume de France : être gouverné par un roi d’Angleterre paraît impensable.

La couronne est donc donnée à Philippe VI de Valois. Édouard III accepte d’abord la situation mais les tensions continuent. Le roi d’Angleterre possède aussi des terres sur le continent, notamment la Guyenne, l’actuelle Aquitaine. Pour ces terres, il est vassal du roi de France et doit lui prêter hommage. Cette situation est explosive. Édouard III est roi chez lui, mais dépendant du roi de France pour une partie de ses possessions. Lorsque Philippe VI confisque la Guyenne en 1337, la rupture est totale. La guerre commence.

La guerre de Cent Ans : les grandes étapes du conflit

La première phase (1337 – 1360) est terrible pour le royaume de France. Les Anglais remportent plusieurs victoires importantes, notamment grâce à leurs archers, capables de tirer très vite. À Crécy, puis à Poitiers, la chevalerie française subit de lourdes défaites. À Poitiers, le roi Jean II le Bon est même fait prisonnier et est amené à Londres. Pour le libérer, la France doit signer un traité difficile, le traité de Brétigny, et donner un quart de son territoire aux Anglais, dont une Guyenne très agrandie.

Vient ensuite la reconquête (1360 – 1380). Le nouveau roi, Charles V, change de stratégie. Il refuse les grandes batailles et crée la première armée permanente grâce à un impôt régulier. Aidé par son chef des armées, Bertrand du Guesclin, ils évitent les affrontements directs, ils laissent les chevauchées anglaises s’épuiser, puis ils reprennent peu à peu les places fortes. Cette méthode permet aux Français de reconquérir presque tous les territoires perdus. S’ensuit une longue période de paix de trente ans.

La guerre reprend de plus belle

Une nouvelle phase de la guerre de Cent Ans commence (1380 – 1429).

Le roi suivant, Charles VI, sombre dans la folie, le royaume est affaibli. Profitant de cela, les seigneurs français se déchirent dans une terrible guerre civile. Il y a alors deux camps : les Armagnacs et les Bourguignons. Les Anglais profitent de cette division pour attaquer et écrase les Français à la célèbre bataille d’Azincourt en 1415.

En 1420, le traité de Troyes prévoit même que la couronne de France revienne au roi d’Angleterre à la mort de Charles VI. Le dauphin Charles, futur Charles VII, est déshérité et se réfugie à Bourges. La France est coupée en deux, Paris est occupée, et les Anglais assiègent Orléans. Tout semble perdu. C’est alors qu’apparaît Jeanne d’Arc, une jeune paysanne de 17 ans qui affirme entendre des voix célestes. En 1429, elle redonne espoir au pays et participe à la levée du siège d’Orléans. Elle conduit ensuite Charles VII à Reims, où il est sacré roi. Même si elle est capturée et brûlée vive par les Anglais en 1431, l’élan est donné. Les Français reprennent peu à peu l’avantage. Paris est reconquise en 1436 suivit de la Normandie en 1450.

Et enfin : la tant convoitée Guyenne. En 1453, grâce à une arme nouvelle, le canon, les Français l’emportent définitivement à Castillon. Les Anglais sont chassés et la guerre prend fin, sans qu’aucun traité de paix ne soit pourtant signé.

Statue de Jeanne d’Arc à Orléans
Statue de Jeanne d’Arc à Orléans

Le Périgord au cœur du conflit

Pendant la guerre de Cent Ans, la Dordogne est devenue une véritable zone frontière et le principal terrain d’affrontement entre les rois de France (les Valois) et d’Angleterre (les Plantagenêts).

Tout commence bien avant le conflit. En 1137, Aliénor d’Aquitaine épouse le futur roi de France Louis VII, lui apportant sa puissante province, l’Aquitaine, en dot, agrandissant ainsi le domaine royal Français. Mais 15 ans plus tard, en 1152, Louis VII répudie sa femme et leur mariage est annulé. Aliénor récupère donc l’Aquitaine et se remarie avec Henri Plantagenêt, qui devient roi d’Angleterre deux ans plus tard. L’aquitaine devient donc anglaise, créant une situation délicate où le roi d’Angleterre se retrouve vassal du roi de France pour ses terres sur le continent.

Dès lors, la Guyenne devient un enjeu stratégique majeur. Villes prises et reprises, sièges à répétition, changements d’allégeance, pillages : le Périgord subit de plein fouet cette longue période d’instabilité. Pour surveiller les fleuves et se défendre, les deux camps se sont livrés à une course aux constructions, créant de nouvelles villes fortifiées (les bastides comme Monpazier ou Domme) et plus de 70 forteresses militaires. Les châteaux de Beynac (côté français) et de Castelnaud (côté anglais) se faisaient ainsi face pour bloquer la vallée.

Ce long conflit, qui a profondément divisé les familles nobles et dévasté les campagnes, s’est finalement terminé aux portes de la région en 1453, lors de la bataille de Castillon, scellant le retour définitif de la Dordogne à la Couronne de France.

Un nom inventé bien après les combats

L’expression “guerre de Cent Ans” n’a jamais été utilisée par ceux qui l’ont vécue. Ce nom a été inventé par des historiens dans la première moitié du XIXe siècle et introduit dans les manuels scolaires pour aider les élèves à comprendre cette longue période d’affrontements entre la France et l’Angleterre. Le terme a le mérite de donner du sens à cette période historique, mais il s’avère un peu trompeur. En réalité, le conflit a duré 116 ans et n’a compté qu’une soixantaine d’années de combats intenses. Le reste du temps était fait de trêves et de périodes de paix qui duraient parfois plusieurs dizaines d’années.

Cet article est un extrait de notre guide touristique gratuit dédié à la Dordogne.