Si sa voisine catalane – Collioure – attire tous les regards, il existe juste à côté un autre trésor maritime qui mérite le détour : Port-Vendres. Cette cité portuaire au caractère affirmé possède une histoire exceptionnelle qui remonte à l’Antiquité. Mais également un patrimoine remarquable ainsi qu’une activité maritime qui rythme encore aujourd’hui la vie quotidienne de ses habitants. Port naturel en eau profonde, Port-Vendres est à la fois un port de pêche, de plaisance et de commerce. Ce village nous réserve bien des découvertes.
Port-Vendres, un port stratégique depuis plus de 2000 ans
L’histoire de Port-Vendres débute bien avant l’époque moderne. Fondé par les Phéniciens au VIe siècle avant J.-C., puis utilisé par les Grecs et les Romains, le site est alors connu sous le nom de Portus Veneris, le « port de Vénus ».
Grâce à sa configuration naturelle exceptionnelle, Port-Vendres devient rapidement un port stratégique sur les routes commerciales reliant l’Occident à la Méditerranée orientale.


Durant le Moyen Âge, il sert principalement de port annexe à Collioure. D’ailleurs, les deux villes ne formaient qu’une seule commune jusqu’en 1823.
De Vauban à Napoléon III en passant par Louis XVI
Le potentiel du site attire l’attention des plus grands stratèges du royaume. Parmi eux figure Vauban, qui visite les lieux en 1679. Séduit par les qualités naturelles du port, il va jusqu’à proposer de démanteler Collioure. L’idée était de transférer sa population vers Port-Vendres afin d’y créer une grande place forte maritime. Si le ministre Louvois refuse pour des raisons budgétaires, l’impulsion est donnée.
Il faut attendre le règne de Louis XVI pour que le développement du port prenne véritablement forme. Sous l’impulsion du comte de Mailly, d’importants travaux sont entrepris afin de transformer Port-Vendres en grand port militaire et commercial.
C’est à cette époque qu’est édifié l’emblématique obélisque qui domine toujours la ville. Inauguré en 1780, il est le premier monument élevé en France à la gloire de Louis XVI. Réalisé en marbre rose, il demeure aujourd’hui l’un des symboles les plus reconnaissables de Port-Vendres.

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Au XIXe siècle, le destin de la ville bascule de nouveau grâce à la tramontane. En 1860, Napoléon III et l’impératrice Eugénie, pris dans une violente tempête en revenant d’Algérie, s’y réfugient. Subjugué par les atouts stratégiques du port, l’Empereur exige que la future ligne de chemin de fer y passe. Le train y arrive dès 1867, ouvrant la voie à un âge d’or économique mené par de grandes dynasties industrielles.
Le passé de Port-Vendres est aussi profondément marqué par son histoire ouvrière, parfois insolite. Jusqu’en 1984, la ville abritait une importante usine de dynamite employant 300 ouvriers. En 1949, ces derniers lancèrent une grande grève suite au licenciement de camarades qui avaient eu l’idée farfelue de jouer au rugby avec de la dynamite ! Le conflit s’apaisa et tous furent réembauchés quelques semaines plus tard.
Un port de pêche toujours vivant
Le véritable essor de Port-Vendres intervient au XIXe siècle avec la conquête de l’Algérie. Grâce à son port naturel en eau profonde et à l’arrivée du chemin de fer, la cité devient l’un des principaux points de liaison entre la métropole et l’Afrique du Nord.
À son apogée, Port-Vendres est même considéré parmi les principaux ports méditerranéens français après Marseille et Sète pour les échanges avec l’Afrique du Nord. Après les indépendances des années 1960, le port doit se réinventer. La pêche reste alors l’un des piliers de son activité. Longtemps réputé pour ses anchois et son thon, il est aujourd’hui le premier port de pêche du Roussillon, où sardines, rascasses, lottes, soles et turbots sont débarqués chaque jour. Car malgré la fermeture de la criée en 2010, les pêcheurs continuent de vendre chaque matin une partie de leur pêche directement sur les quais François-Joly et de l’Obélisque grâce à un privilège hérité de Colbert.


Mais Port-Vendres est aussi devenu un acteur majeur du commerce fruitier : premier port bananier de France et l’un des principaux ports fruitiers du pays, il voit transiter chaque semaine 6000 tonnes de bananes ainsi que des fruits et légumes en provenance du Maroc. Ces produits sont ensuite envoyé sur les marchés de France et du nord de l’Europe.
Patrimoine, artistes et paysages remarquables
Au-delà de son activité portuaire, Port-Vendres possède un riche patrimoine qui témoigne de son passé stratégique. Les amateurs d’histoire peuvent découvrir les vestiges des fortifications imaginées à partir de l’époque de Vauban.
À quelques kilomètres seulement du centre-ville se trouve également le magnifique Cap Béar, l’un des plus beaux sites naturels de la Côte Vermeille. Son phare monumental, mis en service en 1905 et classé Monument Historique depuis 2012, domine des falaises de schiste plongeant dans la Méditerranée. Le panorama y est tout simplement exceptionnel.
Port-Vendres a également inspiré plusieurs artistes. Parmi eux figure le célèbre architecte et designer écossais Charles Rennie Mackintosh. Installé dans la ville avec son épouse dans les années 20, il y réalise plusieurs aquarelles aujourd’hui exposées dans des musées du monde entier. Un circuit patrimonial permet désormais de suivre les lieux qui ont marqué son séjour. D’ailleurs, 15 ans plus tôt, un autre grand artiste était lui aussi tombé sous le charme de la Côte Vermeille : Henri Matisse. Aux côtés d’André Derain, il trouve à Collioure une source d’inspiration inépuisable qui donnera naissance à l’un des mouvements les plus révolutionnaires de l’art moderne : le Fauvisme.
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